
Édition Originale: LP Polydor 2473 019 (1973)
« J’ai envie d’ajouter quelque chose, comme ça pour le plaisir de parler. Et aussi pour ne pas livrer ces dix chansons à leur sort sans un mot d’explication.
Pour remercier mes amis brésiliens, Vinicius de Moraes, Toquinho et Tom Jobim qui m’ont si bien accueilli chez eux et de chez qui, je suis reparti les oreilles pleines de musique et le coeur plein de Saudade (*).
Pour saluer les musiciens, les techniciens et mes différents collaborateurs qui ont peuplé les nuits blanches des studios d’enregistrement: Capon, Charvet, Gaudry, Batailley, Lubat, Rostaing, Bedos, Ermelin, Gérard et les Autres Santorio, Troc et les choristes de Christiane Legrand, Guerin, Bellest, etc.
Pour rendre hommage, à mes muses, à la jeune fille d’ Epinal qui m’a donné le premier vers de “Déclaration” et au chef d’ Etat qui m’a donnée involontairement le premier vers de “l’ Apolitique”: Pour vous rappeler que l’ humour est la politique du désespoir et que je suis trop sérieux pour me prendre au sérieux. »
Amicalement votre
moustaki
P.S.: S’il y a des fautes d’anglais dans “Why” que SHAKESPEARE et BOB DYLAN me pardonnent.
* NOSTALGIE

Avec sa gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec, de voleur et de vagabond, Georges Moustaki n’en est pas moins une des grandes énigmes de la chanson française et internationale. Comment celui qui reste une éloge de la paresse à lui tout seul est-il un des auteurs compositeurs interprètes les plus prolifiques de ces dernières années ? La carrière de Moustaki pose une vraie question en forme de casse tête. Est-il possible d’être paresseux lorsqu’on passe sa vie à chanter la paresse ? Yussef Mustacchi naît à Alexandrie, en Egypte, le 3 mai 1934. Ses parents qui tiennent une librairie, sont très attachés à la culture française. Raison pour laquelle ils inscrivent leur fils dans une institution scolaire française. C’est dans une ambiance cosmopolite que débute la vie du jeune Yussef. A la maison, on parle italien, dans la rue les enfants parlent arabe, et à l’école, on parle français.
En 1951, le bac en poche, il obtient de son père l’autorisation d’aller vivre à Paris où il sera hébergé par sa sœur et son beau-frère, lui aussi libraire. Quant il n’est pas occupé à gagner de l'argent en vendant des livres au porte-à-porte, il s’essaie à la musique, sur la guitare que sa mère lui a offerte. Et un soir, sur la scène du cabaret Les Trois Baudets, il assiste au tour de chant de Georges Brassens. Cette rencontre constitue le premier grand choc artistique de sa vie. Il fait écouter quelques chansons à son aîné qui le pousse à persévérer. Yussef Moustacchi devient alors Georges Moustaki, en hommage au maître. Par hasard, les deux hommes se recroisent très peu de temps après dans la boutique du beau-frère de Moustaki. Fort de ces encouragements, il va réussir à placer quelques une de ses chansons dans des cabarets parisiens.

En 1958, Le guitariste Henri Crolla lui présente Edith Piaf, avec qui Moustaki vivra une histoire d’amour tumultueuse. C’est pour elle qu’il écrit "Milord", dont la musique est signée Marguerite Monnot. L’année 1966 marque le début de sa collaboration avec l’acteur Serge Reggiani, qui souhaite débuter une carrière de chanteur. Moustaki lui écrit quelques titres inoubliables comme "Ma liberté", "Sarah", "Votre fille a vingt ans", "Ma solitude". Ce "duo" obtient un grand succès auprès du public.
Si Moustaki fait ses débuts sur une scène importante en 1968, en remplaçant sa complice Barbara victime d’un malaise, c’est en 1969 qu’il est révélé au grand public en tant qu’auteur compositeur interprète, avec la sortie du 45 tours "Le métèque". La même année, il reçoit le prix de l’académie Charles Cros. Il enchaîne alors les tournées internationales et les albums mêlant différentes influences, notamment avec "Danse" et "Déclaration" dans lequel il affirme sa passion pour la musique brésilienne. En 1974, l’album "Les amis de Georges" rend hommage à Brassens. Les années qui suivent, il sort entre autres "Humblement il est venu", "Si je pouvais t'aider" et "C'est là". "Vagabond", sorti en 2005 est le dernier album en date de ce dilettante assumé, infatigable paresseux.

1. DÉCLARATION (G. Moustaki)
Je déclare l'état de bonheur permanent
Et le droit de chacun à tous les privilèges.
Je dis que la souffrance est chose sacrilège
Quand il y a pour tous des roses et du pain blanc.
Je conteste la légitimité des guerres,
La justice qui tue et la mort qui punit,
Les consciences qui dorment au fond de leur lit,
La civilisation au bras des mercenaires.
Je regarde mourir ce siècle vieillissant.
Un monde différent renaîtra de ses cendres
Mais il ne suffit plus simplement de l'attendre:
Je l'ai trop attendu. Je le veux à présent.
Que ma femme soit belle à chaque heure du jour
Sans avoir à se dissimuler sous le fard
Et qu'il ne soit plus dit de remettre à plus tard
L'envie que j'ai d'elle et de lui faire l'amour.
Que nos fils soient des hommes, non pas des adultes
Et qu'ils soient ce que nous voulions être jadis.
Que nous soyons frères camarades et complices
Au lieu d'être deux générations qui s'insultent.
Que nos pères puissent enfin s'émanciper
Et qu'ils prennent le temps de caresser leur femme
Après toute une vie de sueur et de larmes
Et des entre-deux-guerres qui n'étaient pas la paix.
Je déclare l'état de bonheur permanent
Sans que ce soit des mots avec de la musique,
Sans attendre que viennent les temps messianiques,
Sans que ce soit voté dans aucun parlement.
Je dis que, désormais, nous serons responsables.
Nous ne rendrons de compte à personne et à rien
Et nous transformerons le hasard en destin,
Seuls à bord et sans maître et sans dieu et sans diable.
Et si tu veux venir, passe la passerelle.
Il y a de la place pour tous et pour chacun
Mais il nous reste à faire encore du chemin
Pour aller voir briller une étoile nouvelle.
Je déclare l'état de bonheur permanent.